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Je, Tuil, nous et moi

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Le dixième roman de Karine Tuil n’est pas qu’un joli titre au parfum Saganesque. C’est aussi 4 personnages en quête d’identité, 4 personnages qui se croisent ou s’assemblent au détriment de leur véritable identité. L’auteure de 44 ans sonde l’âme humaine à la manière des naturalistes. Et les questions récurrentes dans son oeuvre: la judaïcité, le racisme, la culpabilité, l’amour faux, ne sont pas sans rappeler l’oeuvre de l’un des plus grands romanciers américains du 20ème siècle, j’ai nommé Philip Roth. Bref, avec « L’insouciance » vous avez entre les mains un récit fin – même s’il fait 520 pages – extrêmement bien  écrit, qui analyse et passe au scalpel les tréfonds de la psychologie humaine éternellement en quête d’un autre moi.

L’insouciance, Karine Tuil, Gallimard, 520 pages

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Jusqu’au bout de l’angoisse

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Bousculer les codes, entrainer le lecteur au bout de la nuit sur les traces d’une jeune fille ayant pour mère une serial-killer, voilà le pitch de départ du premier roman de l’anglaise Ali Land. Avec « Le sang du monstre » cette ancienne infirmière psychiatrique spécialisée dans le traitement pour adolescent nous offre une première oeuvre qui vous étreint comme une pieuvre glacée. Vraiment pas mal.

« Le sang du monstre » Ali Land, Sonatine

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Rouge comme les larmes

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Je m’étais pourtant juré de ne pas lire le dernier Goncourt. Parce que l’histoire de l’assassinat de deux enfants par leur nourrice me semblait plus que glauque, sordide. Cela faisait appel à des terreurs ancestrales inscrites dans les gènes de toutes les mères ou presque. Puis j’ai entendu Leïla Slimani sur France Inter. Et mes réticences se sont envolées comme par magie. Cette femme jeune, libre, épanouie, qui refuse les étiquettes s’exprimait sur ce terrible fait divers arrivé à New-York il y a quelques années et qu’elle a transformé en roman. Que dis-je en oeuvre littéraire plutôt. « Chanson Douce » est horrible mais beau. L’agencement des phrases simple à la fois léger comme une comptine, moelleux comme l’enfance et rude comme le quotidien dans lequel nous nous débattons tous. Un vrai bonheur pour la lectrice que je suis.

Chanson Douce, Leïla Slimani, Gallimard

 

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Hennig Mankell ne mourra jamais

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Vivement le weekend pour que je puisse finir le dernier Mankell. Pourquoi le dernier? Parce que malheureusement l’auteur Suédois nous à quitté il y a tout juste un an. Dévoré par le crabe. Comme beaucoup de lecteur, je suis venue à lui avec « Les chaussures Italiennes » à la main. Puis, je ne l’ai plus quitté. Je l’ai suivi à travers les errances de Wallander, son amour des femmes, de l’Afrique, de son prochain. Je n’ai pas beaucoup de regrets dans la vie. Mais de ne pas avoir pu interviewer ce grand homme en est un. « Les bottes suédoises », me plaisent. Certes. Peut-être un peu moins que « L’homme inquiet », « Le Chinois » ou « Les chaussures italiennes » . Mais c’est une vraie joie que de retrouver la musicalité entêtante du phrasé épuré de ce grand monsieur des arts et des lettres. Hennin, reviens-nous, je t’en supplie. Ta sagesse et ton talent n’ont pas été remplacés sur la scène littéraire.

« Les bottes suédoises », Henning Mankell, Le Seuil

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Pas perdu pour tout le monde

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Wendy Walker a pondu un premier roman, plus exactement un thriller tout à fait décapant dans lequel les monstres ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Une jeune fille de 16 ans se fait attaquer et violer en sortant d’une soirée d’étudiants. Sa mémoire s’englue, le ménage de ses parents menace de voler en éclats et la petite ville dans laquelle elle vit en vient à soupçonner du crime un étranger sans visage. Pour passer un week-end sous la couette à trembler et rager lorsque vous aurez tourné la dernière page.

 

Tout n’est pas perdu de Wendy Walker, aux éditions Sonatine
All is not forgotten, Wendy Walker, St Martin’s Press

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Rêver sa vie

 

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Quelle belle question posée par Imbolo Mbue, universitaire camerounaise qui réside à Manhattan depuis quelques années maintenant! Vaut-il mieux vivre sa vie ou la rêver? A travers la destinée à New-York de deux familles que tout oppose:  l’une émigrée de Limbé et voulant à tout prix vivre le rêve de l’Oncle Sam, l’autre issue des milieux banquiers américains et riche à millions, Imbolo Mbue répond à cette interrogation quasi-philosophique.  le point commun de ces deux univers totalement différents? Les hommes souhaitent que leur descendance vive pleinement le rêve américain et les femmes, quelque soit leur milieu social, pensent que l’épanouissement personnel de leur progéniture est la seule chose qui ait un sens.
Avec son premier roman, la jeune Imbolo Mbue, nous amène à réaliser que quelque soit le milieu dont on est issu, les parents rêvent d’un avenir meilleur pour leurs enfants. Poétique avec un langage imagé et sucré, ce livre coule en nous comme un doux elixir et on comprend pourquoi ce premier roman d’une auteure totalement inconnue  a déchaîné les passions et les porte-monnaie puisque l’éditeur américain Random House a déboursé plus d’un million en pré-achetant le manuscrit non achevé.
Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue, Belfond

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Valser au fil de l’art

IMG_2922Conseil de bonne copine, voici le livre que vous devez dévorer ce week-end! Après « La Déesse des petites victoires », Yannick Grannec nous fait tournoyer au cœur du mouvement  Bauhaus! Yumi yumi . Jetez vous dessus grandes chanceuses qui n’ont pas encore eu le chagrin de tourner la dernière page!

Le bal mécanique, Yannick Grannec, Editions Anne Carrière , 538 pages, 28.10 fr chez Payot

 

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Mon frère, Michel del Castillo

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J’ai admiré les Herman Hesse. J’ai adoré les Hervé Guibert. Mais le seul livre sur lequel je n’ai jamais réussi à mettre des mots tellement il m’a bouleversé, le seul qui ait déverrouillé un nombre incalculable de portes, c’est « Mon Frère l’Idiot » de Michel del Castillo. Que dire de cet enfant malmené pour ne pas dire utilisé, martyrisé, asservi, abandonné par une mère ignoble et qui trouve la force de survivre grâce à un roman de Fédor Dostoïevski? Que dire de la vie de ce même enfant, Michel del Castillo pour ne pas le nommer, qui fut littéralement sauvé par la littérature et qui par ce biais a trouvé la force d’embellir la nôtre. Je n’ai pas de réponse. Je sais simplement que Michel del Castillo a un talent , une humanité et une humilité hors norme qui font de « Mon Frère l’Idiot » en particulier et de toute son oeuvre en général, des histoires qu’il faut avoir rencontrées dans son existence. Ne passez pas à côté.

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Lemaitre du noir

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Peut-être qu’il y a mieux à faire quand il ne fait pas beau que de lire «Trois jours et une vie» le dernier roman de Pierre Lemaitre. Car histoire de vous mettre du baume au coeur, vous repasserez. Mais bon, j’ai flanché devant la couverture et surtout devant le talent d’écriture de Lemaitre, prix Goncourt 2013.
Avant «Au revoir là-haut», je ne connaissais le bonhomme, ni d’Eve, ni d’Adam. Mais en bonne snob qui suit les prix littéraires, j’ai été subjuguée par son Goncourt et me suis dit qu’il serait bien bête de passer à côté d’un autre petit chef-d’œuvre. Donc, en ce samedi pluvieux voire neigeux, j’achète l’arme du crime pour me vautrer dans le péché d’oisiveté le lendemain. Et hop, me voilà partie, à l’orée du 21ème siècle, dans un village français de Lorraine où Remi un petit garçon est assassiné par Antoine, un adolescent de 12 ans. Terrorisé par son accès de colère, le jeune meurtrier camoufle son acte monstrueux. Sa vie sera son châtiment. Sa vie m’aura fait passé un excellent dimanche lovée avec une sordide histoire. Lemaitre excelle dans lenoir avec un style aussi sec et parfait que parfois peut l’être un crime.

 

«Trois jours et une vie», Pierre Lemaitre, Albin Michel, 26.30 chez Payot

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Je suis fou du Chocolat Raphael

chocJe ne compte plus les fois, où en sortant d’un film, je me suis fait la réflexion que je préférais le livre au film. J’aime énormément le cinéma. Mais parfois, le 7ème art et ses raccourcis, pour densifier l’intrigue, rabotent tout ce que mon imagination avait construit.
Avec le livre «Chocolat», ce n’est pas tout à fait la même chose. L’un est indispensable à l’autre. Car le bouquin de Gérard Noiriel écrit en 2012 et réédité à l’occasion de la sortie du long métrage éponyme, donne de l’épaisseur au personnage et on saisit mieux le cheminement de Raphael Chocolat né esclave au milieu des années 1860 à Cuba et mort clown miséreux en 1917 à Bordeaux, dans une France qui n’avait plus envie de rire. Grâce à la biographie de l’historien Gérard Noiriel, on entre de plein fouet dans une destinée méconnue et tellement hallucinante qu’un film ne suffit pas pour rendre ses lettres de noblesse à un homme qui a toujours affronté son existence et ses aléas avec dignité, fierté et sourire.
«Chocolat, La véritable histoire d’un homme sans nom», Gérard Noiriel, Edition Bayard